Votation populaire fédérale du 8 mars 2026

Liberté, propriété, protection contre le contrôle

Pourquoi l'argent liquide est moderne et indispensable

par Ewald Kornmann*

(13 février 2026) (CH-S) Le 8 mars 2026, les électeurs suisses se prononceront sur quatre projets. L’un des projets consiste en une initiative populaire intitulée «Oui à une monnaie suisse libre et indépendante sous forme de pièces ou de billets (l’argent liquide, c’est la liberté)» et un contre-projet direct («arrêté fédéral sur la monnaie suisse et l’approvisionnement en numéraire») comme alternative.

Ewald Kornmann.
(Photo mad)

L'argent liquide est de plus en plus remis en question. Il serait un vestige d'un passé analogique qui n'a plus sa place dans un monde numérisé. Les politiciens, les autorités, les banques et les prestataires de services de paiement du monde entier s'accordent pour dire que ceux qui insistent pour utiliser des espèces facilitent le blanchiment d'argent, la fraude fiscale et la criminalité. Les paiements numériques, en revanche, seraient transparents, sûrs, bon marché et modernes. Mais il devient de plus en plus évident que la suppression des pièces et des billets vise à exercer un contrôle total sur les citoyens.

«Point de vue Suisse» présente ci-dessous les arguments de l'association «Modernisation monétaire» dans leur version abrégée.

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L'argent liquide est autorisé, mais est-il en voie de disparition?

L'argent liquide est de plus en plus remis en question. On entend souvent dire qu'il favorise la criminalité, qu'il est inefficace et qu'il n'est plus adapté à notre époque. Les moyens de paiement numériques sont en revanche considérés comme sûrs, propres et modernes. Les cartes de débit et de crédit, les applications de paiement et les paiements en ligne font depuis longtemps partie du quotidien, et ceux qui paient en espèces doivent parfois se justifier. Mais cette évolution soulève des questions. Si l'argent liquide était réellement un problème central, pourquoi la majeure partie du blanchiment d'argent et de la criminalité financière se fait-elle via les banques et les systèmes de paiement numériques? Pourquoi les paiements numériques génèrent-ils constamment des frais et de nouvelles dépendances, alors que l'argent liquide fonctionne sans électricité, sans Internet et sans plateformes?

L'argent liquide empêche le contrôle total par l’Etat!

Les critiques actuelles à l'égard de l'argent liquide simplifient des relations complexes. Elles occultent le fait que l'argent liquide n'est pas seulement un moyen de paiement, mais qu'il joue également un rôle stabilisateur dans le système monétaire. Il protège la vie privée, permet d'effectuer des paiements sans laisser de traces et sert de sécurité en cas de crise. Ce texte s'adresse aux lecteurs ayant des connaissances de base sur le système monétaire et souhaitant comprendre ce qui se cache derrière les arguments courants contre l'argent liquide – et pourquoi la question de son avenir est bien plus qu'un débat technique sur des détails.

Argent liquide et criminalité: mythe et réalité

L'argent liquide est souvent présenté comme un facteur favorisant la criminalité, car il peut être utilisé de manière anonyme. Cependant, ce lien est largement surestimé. Si l'argent liquide joue un rôle dans les petites transactions illégales, il n'est pas adapté au blanchiment d'argent systématique. Les grosses sommes d'argent liquide sont difficiles à transporter, à stocker et à déplacer discrètement. C'est pourquoi les fonds illégaux sont introduits le plus rapidement possible dans le circuit financier numérique. Les banques, les structures d'entreprises et les virements internationaux sont les principaux instruments du blanchiment d'argent. Se focaliser sur l'argent liquide détourne donc l'attention des véritables faiblesses du système financier et donne un faux sentiment de contrôle.

Les paiements numériques: pratiques, mais pas neutres

Les paiements numériques sont pratiques et rapides, mais ils ne sont pas gratuits. Chaque paiement par carte entraîne des frais qui sont supportés par les commerçants et répercutés indirectement sur les consommateurs. En outre, cela crée de nouvelles dépendances vis-à-vis des prestataires de services de paiement et des infrastructures techniques. Sans électricité, sans Internet ou sans systèmes fonctionnels, les opérations de paiement sont rapidement paralysées. L'argent liquide fonctionne indépendamment de tout cela. L'efficacité est donc une question de perspective: pour les prestataires de services de paiement, la numérisation est très rentable, mais pour les utilisateurs, elle signifie souvent des coûts plus élevés et une liberté de choix réduite.

Confidentialité et contrôle dans les opérations de paiement

Chaque paiement numérique laisse des traces. Ces données permettent de tirer des conclusions sur le comportement des consommateurs, leur mode de vie et leurs habitudes sociales. L'argent liquide est le seul moyen de paiement universellement accepté qui ne laisse aucune trace permanente. Cette caractéristique protège non seulement contre les abus, mais aussi contre le contrôle du comportement. Les transactions financières entièrement numériques sont plus faciles à surveiller et à contrôler. L'argent liquide agit ici comme un contrepoids et préserve un espace d'autodétermination économique.

L'argent liquide, la monnaie scripturale et le retrait de monnaie pleine

L'argent liquide est de la monnaie directe émise par la banque centrale, tandis que la monnaie scripturale est créée par les banques commerciales lorsqu'elles accordent des crédits. Avec le recul de l'argent liquide, l'importance de la monnaie scripturale privée augmente. […] Même sans changement de système, l'argent liquide remplit une fonction stabilisatrice: il offre une alternative à la monnaie bancaire garantie par l'Etat. Si l'argent liquide disparaît, le système monétaire devient plus unilatéral et dépendant, et donc plus vulnérable.

L'argent liquide protège la vie privée

Le débat sur l'argent liquide n'est pas une question de nostalgie ou de technophobie. Il touche à des aspects fondamentaux de notre système monétaire: la stabilité, la liberté de choix et la répartition du pouvoir. Les arguments courants contre l'argent liquide ne résistent qu'à condition d'être examinés de près. Ni la criminalité ni les problèmes d'efficacité ne peuvent être résolus par son élimination. Au contraire, le contrôle passe progressivement des individus aux acteurs centraux du trafic des paiements.

Dans ce contexte, l'argent liquide joue un rôle compensateur. Il crée une redondance, protège la vie privée et limite les dépendances. A l'heure où la numérisation ne cesse de progresser, cette fonction est plus importante que jamais. […]

* Ewald Kornmann, ingénieur diplômé de l'EPFZ, est président de l'association «Monetäre Modernisierung» (MoMo)

Source: https://forum-geldpolitik.ch/themen/2026/28-bargeld-im-faktencheck, 27 janvier 2026

(Traduction «Point de vue Suisse»)

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