La Russie et la Chine font une déclaration sur la multipolarité

«Déclaration commune de la Fédération de Russie et de la République populaire de Chine sur la création d’un monde multipolaire et d’un nouveau type de relations internationales»

(29 mai 2026) (CH-S). Dans le contexte de la situation explosive qui règne dans le détroit d’Ormuz, deux réunions de haut niveau se sont succédé en mai à Pékin, marquant un changement politique à court terme sur la scène internationale, mais pouvant également ouvrir la voie à une réorientation à long terme.

Le président chinois Xi Jinping et le président russe Vladimir Poutine ont
signé une déclaration commune à l'issue de leurs entretiens au Grand
Hall du Peuple à Pékin, le 20 mai 2026. (Photo KEYSTONE/XINHUA/Ding
Haitao)

Le 15 mai, le président américain Donald Trump est arrivé à Pékin pour s’entretenir avec le président chinois Xi Jinping, accompagné de douze des magnats les plus influents des Etats-Unis. Peu après, le 20 mai, le président russe Vladimir Poutine est arrivé à Pékin pour une visite d’Etat avec une délégation de haut niveau.

Nous reproduisons ci-dessous la «Déclaration commune» que Vladimir Poutine et Xi Jinping ont signée à l’issue de la visite d’Etat. Cette déclaration est un engagement en faveur de la communauté internationale en tant que communauté de partenaires égaux, telle que prévue par la Charte des Nations Unies. Elle s’appuie sur le droit international en vigueur, que les élites américaines ignorent depuis un certain temps. Elle doit également être considérée comme un modèle pour un futur ordre mondial multipolaire.

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«La Fédération de Russie et la République populaire de Chine (ci-après dénommées ‹les Parties›), en tant que civilisations à l’histoire millénaire, membres fondateurs de l’Organisation des Nations unies (ONU) et membres permanents de son Conseil de sécurité, ainsi que pôles de pouvoir importants dans un monde multipolaire, jouent un rôle constructif dans le maintien de l’équilibre mondial des pouvoirs et l’amélioration du système des relations internationales.

S’inspirant des principes de la Déclaration conjointe russo-chinoise sur un monde multipolaire et la formation d’un nouvel ordre international (23 avril 1997), de la Déclaration conjointe entre la Fédération de Russie et la République populaire de Chine sur l’ordre international au XXIe siècle (1er juillet 2005), de la Déclaration conjointe de la Fédération de Russie et de la République populaire de Chine sur la situation actuelle (4 juillet 2017) et de la Déclaration commune de la Fédération de Russie et de la République populaire de Chine sur les relations internationales entrant dans une nouvelle ère et le développement durable mondial (4 février 2022), déclarent ce qui suit:

1. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le paysage international et les rapports de force ont évolué rapidement.

D’une part, la vague de décolonisation et la fin de la guerre froide ont entraîné une augmentation significative du nombre d’Etats souverains dans le monde. La communauté internationale est devenue plus diversifiée et plus complexe. Le niveau de développement et l’influence internationale des pays d’Asie, d’Afrique, du Moyen-Orient, d’Amérique latine et des Caraïbes se sont accrus. Le nombre d’organisations régionales et interrégionales a augmenté, et leurs activités couvrent tous les domaines des relations internationales, de la politique et de la sécurité à l’économie et à la dimension humanitaire, et leur rôle dans les affaires mondiales ne cesse de croître. L’interconnexion et l’interdépendance du monde ont atteint un niveau sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Les tentatives de certains Etats de gérer seuls les affaires mondiales, d’imposer leurs intérêts au monde entier et de limiter le développement souverain d’autres pays dans l’esprit de l’ère coloniale ont échoué. Le système des relations internationales au XXIe siècle subit une profonde transformation, évoluant vers un état de polycentrisme à long terme et la formation d’un nouveau type de relations internationales.

Compte tenu de leur expérience historique, la plupart des Etats ont pris pleinement conscience de l’avènement d’une nouvelle ère et de la nécessité de s’engager sur la voie de la formation d’une communauté internationale plus unie, ainsi que du respect mutuel des intérêts fondamentaux, de l’égalité, de la justice et d’une coopération mutuellement bénéfique, sans diviser le monde en régions et blocs opposés.

D’autre part, la situation mondiale se complique. Les tendances néocoloniales négatives, telles que la pratique d’approches unilatérales fondées sur la puissance, l’hégémonie et la confrontation entre blocs, sont en hausse. Les normes fondamentales universellement reconnues du droit international et des relations internationales sont régulièrement violées, ce qui rend plus difficile pour les Etats de coordonner leurs actions et de résoudre les conflits dans le cadre des institutions de gouvernance mondiale, dont beaucoup perdent de leur efficacité. L’agenda mondial pour la paix et le développement est confronté à de nouveaux risques et défis, et il existe un danger de fragmentation au sein de la communauté internationale et de retour à la ‹loi de la jungle›.

2. Afin de soutenir le processus harmonieux d’établissement d’un monde multipolaire égalitaire et ordonné et d’un nouveau type de relations internationales, y compris un système de gouvernance mondiale plus juste et plus rationnel, les Parties s’engagent à respecter les principes fondamentaux suivants dans leurs relations mutuelles et encouragent la communauté internationale à y adhérer:

  1. le principe d’ouverture au monde pour une coopération inclusive et mutuellement bénéfique.
    Il est important de surmonter les divisions du monde et de promouvoir l’élimination des barrières transfrontalières dans divers domaines, tout en respectant la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’identité de tous les Etats souverains. Il n’existe pas de voie universelle vers le développement dans le monde, et il n’y a pas de pays ou de peuples ‹de première classe›. Les différences naturelles entre les Etats dans un monde aussi diversifié et complexe ne devraient pas constituer un obstacle au développement de relations égales, respectueuses et mutuellement bénéfiques entre eux. Il est essentiel de respecter les choix et les modèles de développement de chaque Etat souverain. La démocratisation des relations politiques internationales et la construction d’une économie mondiale plus ouverte sont dans l’intérêt fondamental de tous les pays. Les approches unilatérales pour résoudre les problèmes communs, l’hégémonie et les politiques coercitives sous quelque forme que ce soit sont inacceptables;
  2. le principe d’une sécurité indivisible et égale.
    La formation d’une communauté internationale plus unie face aux risques et défis communs croissants pour l’humanité signifie que la sécurité d’un Etat ne peut être assurée au détriment de celle d’un autre. Tous les Etats souverains ont un droit égal à la sécurité. Il est nécessaire d’accorder toute l’attention requise aux préoccupations légitimes de tous les pays en matière de sécurité, de mettre l’accent sur la coopération sur les questions de sécurité, de rejeter la confrontation entre blocs et les stratégies de type jeu ‹à somme nulle›, de s’opposer à l’expansion des alliances militaires, aux guerres hybrides et aux guerres par procuration, et de promouvoir la création d’une architecture de sécurité mondiale et régionale modernisée, équilibrée, efficace et durable. Les désaccords et les différends doivent être résolus pacifiquement en s’attaquant aux causes profondes des conflits. Il est inacceptable de forcer des Etats souverains à renoncer à leur neutralité;
  3. le principe de démocratisation des relations internationales et d’amélioration du système de gouvernance mondiale.
    Tous les Etats et leurs associations sont libres de choisir leurs partenaires étrangers et leurs modèles de coopération internationale. L’hégémonie dans le monde est inacceptable et devrait être interdite. Aucun Etat ni groupe d’Etats ne devrait contrôler les affaires internationales, déterminer le sort d’autres pays ou monopoliser les opportunités de développement. Le système de gouvernance et de régulation mondiales doit garantir que tous les Etats participent sur un pied d’égalité à la prise de décision politique et en tirent profit, et doit être continuellement amélioré. Dans la gouvernance mondiale, qui est un outil important pour rationaliser le système des relations internationales, il est nécessaire d’adhérer aux principes d’égalité souveraine, de primauté du droit international, de multilatéralisme, d’approche centrée sur l’humain et d’orientation vers les résultats. Pour y parvenir, il est crucial de renforcer le rôle du multilatéralisme en tant qu’outil principal pour relever les défis mondiaux multiformes et complexes, et d’empêcher l’affaiblissement des Nations Unies. La réforme des Nations Unies et des autres institutions multilatérales doit être guidée par les intérêts de l’humanité tout entière, en renforçant constamment la représentation et la voix des pays en développement au sein du système international. La Charte des Nations Unies est une norme fondamentale des relations internationales et ses principes doivent être respectés dans leur intégralité et leur interdépendance. Les règles élaborées au sein d’un cercle restreint d’Etats ne doivent pas se substituer au droit international universellement reconnu. Les grands Etats doivent assumer des responsabilités et des missions particulières, s’imposer des exigences supplémentaires et ne pas abuser de leurs avantages;
  4. la diversité des civilisations et des valeurs à l’échelle mondiale.
    Toutes les civilisations humaines ont une valeur intrinsèque et sont égales; il n’existe pas de division entre civilisations hautement ou faiblement développées, fortes ou faibles. Le système spirituel et moral d’une civilisation ne peut être considéré comme exceptionnel ou supérieur aux autres. Tous les pays devraient défendre une vision des civilisations fondée sur l’égalité, l’échange mutuel d’expériences et le dialogue, et devraient renforcer le respect mutuel, la compréhension, la confiance et les échanges entre les différentes nationalités et civilisations, promouvoir la compréhension mutuelle et l’amitié entre les peuples de tous les pays, et protéger la diversité des cultures et des civilisations. Il est nécessaire de s’opposer fermement à l’utilisation des droits de l’homme comme prétexte pour s’ingérer dans les affaires intérieures d’autres Etats, ainsi qu’à la politisation et à l’instrumentalisation des questions relatives aux droits de l’homme. La religion est un vecteur important de la culture humaine, jouant un rôle particulier dans l’établissement de liens entre les nations, et tous les Etats devraient créer des conditions favorables au dialogue et aux échanges interreligieux.

3. Les parties continueront à développer une vision commune d’un monde multipolaire et d’un nouveau type de relations internationales plus équitables.»

Source: https://sovereignista.com/2026/05/20/joint-statement-of-the-russian-federation-and-the-peoples-republic-of-china/, 20 mai 2026

(Traduction «Point de vue Suisse»)

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